Sommaire
L’essentiel
Le RGO interne, aussi appelé reflux silencieux, désigne un reflux qui ne ressort pas par la bouche. Il existe et il se mesure. Mais chez un bébé qui grossit bien, le lien entre ce reflux et les pleurs ou les réveils est beaucoup plus faible que ce qu’on lit partout. Cet article trie signe par signe ce qui prouve quelque chose et ce qui ne prouve rien.
Il est 3 heures du matin, votre bébé se réveille en hurlant, le dos cambré, et il n’a rien vomi. Vous cherchez une explication et vous tombez sur le reflux silencieux. Ça colle. Tout colle.
C’est précisément le problème. Les listes de symptômes du RGO interne qui circulent sont si larges qu’elles décrivent à peu près n’importe quel nourrisson de trois mois. Un signe qui décrit tout le monde ne diagnostique personne.
Alors on va faire l’inverse. Pour chaque signe, on va dire ce qu’il vaut réellement : très spécifique, évocateur, ou sans valeur. Et on va expliquer pourquoi les nuits sont difficiles, ce qui n’est pas du tout pour la raison que vous croyez.
RGO interne et reflux silencieux : ce que ces mots désignent vraiment
Première chose à savoir : « RGO interne » et « reflux silencieux » ne figurent dans aucune nomenclature médicale. Votre pédiatre n’utilisera probablement pas ces mots. Le terme exact est reflux non extériorisé.
Ce n’est pas pour autant une invention de parents inquiets. La pH-impédancemétrie intraluminale multicanale, l’examen de référence, détecte parfaitement les remontées qui n’atteignent jamais la bouche. Le phénomène est réel et mesurable.
Il faut ensuite distinguer deux choses que le mot « reflux » mélange en permanence. Le RGO physiologique est le passage banal du contenu gastrique vers l’œsophage : la majorité des nourrissons en font, sans aucune conséquence. Le reflux pathologique, ou maladie du reflux, c’est le RGO qui provoque des complications réelles : œsophagite, cassure de la courbe de poids, atteinte respiratoire documentée.
Une précision utile si vous lisez de l’anglais : le silent reflux anglo-saxon désigne le plus souvent le reflux laryngopharyngé de l’adulte. Ce n’est pas la même chose que le reflux non extériorisé du nourrisson, et beaucoup d’articles français traduisent l’un par l’autre.
Le clapet de l’estomac de bébé existe-t-il vraiment ?
Non, pas au sens où on l’imagine. Il n’y a pas de petite valve unidirectionnelle qui serait « pas encore formée » et qui se refermerait un jour.
Ce qui existe, c’est une zone musculaire de haute pression à la jonction entre l’œsophage et l’estomac, le sphincter inférieur de l’œsophage. Elle est renforcée mécaniquement par l’angle de His, l’angle aigu que forme l’œsophage en abordant l’estomac, et par le pincement du diaphragme. C’est un dispositif à plusieurs étages, pas un clapet.
Et voici l’idée reçue la plus tenace, celle qu’il faut vraiment corriger : le reflux du nourrisson n’est pas dû à un sphincter mou en permanence. Il est dû aux relaxations transitoires du sphincter inférieur de l’œsophage, souvent abrégées RTSIO. Ce sont des relâchements réflexes, d’au moins cinq secondes, déclenchés par l’étirement des mécanorécepteurs de la paroi de l’estomac quand il se remplit, et pilotés par le tronc cérébral via le nerf vague.
Autrement dit, ce n’est pas une faiblesse. C’est un réflexe qui fonctionne, et dont la fonction normale est de permettre l’éructation, le rot. Il est simplement déclenché très souvent chez le nourrisson, parce que le volume de lait ingéré à chaque repas rapporté à son poids est considérable, sans commune mesure avec ce que boit un adulte.
Régurgitation, vomissement, reflux : la différence qui change tout
Ces trois mots sont utilisés indifféremment, y compris en consultation. Ils décrivent pourtant des mécanismes distincts, et la confusion fait rater des diagnostics dans les deux sens.
| Ce que vous voyez | Mécanisme | Ce que ça signifie |
|---|---|---|
| Régurgitation | Passif, sans effort, sans nausée, souvent au rot | Banal. Ce n’est pas un signe de gravité en soi |
| Vomissement | Actif, contraction musculaire, effort visible | À qualifier. Le contenu et le contexte comptent, voir les signes d’alerte |
| Reflux non extériorisé | Remontée qui n’atteint pas la bouche | Invisible. C’est le sujet de cet article |
| Rumination | Remontée volontaire, remâchée, répétée | Rare, et jamais banal. Nécessite un avis médical |
Les chiffres d’histoire naturelle valent tous les discours rassurants : environ la moitié des nourrissons régurgitent au cours des trois premiers mois, le pic se situe autour de quatre mois avec près de deux tiers des bébés concernés, et plus de 95 % des cas se résolvent seuls entre 12 et 18 mois, sans aucun traitement.
La conséquence est double, et elle dérange dans les deux sens. Un bébé qui régurgite énormément n’a pas forcément mal. Un bébé qui ne régurgite jamais peut tout à fait avoir du reflux.
Les 10 signes du RGO interne, et ce que chacun prouve vraiment
Voici le tableau que nous n’avons trouvé nulle part ailleurs en français. Les listes de symptômes existent partout, mais elles alignent tout au même niveau. Or ces signes n’ont pas du tout la même valeur.
| Signe | Ce qu’il évoque | Valeur diagnostique réelle |
|---|---|---|
| Syndrome de Sandifer | Hyperextension du dos et torsion du cou pendant ou après le repas | Très spécifique. Presque le seul signe qui signe le reflux. Souvent confondu avec une crise d’épilepsie |
| Mâchonnement, déglutitions à vide | Bébé avale de façon répétée sans manger | Évocateur. C’est un mécanisme de nettoyage de l’œsophage. Peu concluant s’il est isolé |
| Refus du sein ou du biberon, tétées courtes | Bébé commence, se cambre, lâche, réclame vite | Évocateur mais non spécifique. Une APLV donne exactement le même tableau |
| Toux chronique, ORL à répétition | Irritation des voies aériennes | Association documentée mais faible. La causalité n’est pas établie |
| Pleurs inexpliqués, irritabilité | Douleur supposée | Non spécifique. Chez un bébé qui grossit bien, le lien avec le reflux mesuré est statistiquement très faible |
| Réveils nocturnes répétés | Nuits hachées | Non spécifique. La relation va dans les deux sens, voir la section suivante |
| Hoquet fréquent | Remontées supposées | Aucune valeur. Réflexe physiologique du diaphragme |
| Gargouillis du ventre | Digestion difficile supposée | Aucune valeur. Ce sont des borborygmes, le bruit normal du transit |
| Arche du dos isolée | Position d’inconfort | Faible, sauf si elle s’intègre dans un vrai syndrome de Sandifer |
| Cassure de la courbe de poids | Prise de poids qui décroche | Signe d’alerte. Change la prise en charge et impose une consultation |
À retenir
- Aucun signe isolé, sauf le syndrome de Sandifer, ne permet d’affirmer un reflux.
- Les signes les plus impressionnants pour un parent, pleurs et réveils, sont ceux qui prouvent le moins.
- Le seul qui change vraiment la conduite à tenir est la courbe de poids.
- Le diagnostic reste clinique et il appartient au médecin, pas à une liste sur internet, y compris celle-ci.
Hoquet, gargouillis, bruits de gorge : les signes qu’on surinterprète
Le hoquet est probablement la croyance la plus solidement installée du sujet. On lit partout que le hoquet fréquent du nourrisson signale un reflux. C’est une extrapolation.
Le hoquet est un spasme réflexe du diaphragme, transmis par le nerf phrénique, suivi d’une fermeture brusque de la glotte. Il est extrêmement fréquent chez le nouveau-né, il est présent dès la vie fœtale, et il est physiologique. Il ne caractérise ni un reflux, ni une douleur.
D’où vient alors l’association ? D’un facteur commun. La distension de l’estomac après un repas déclenche à la fois des relaxations transitoires du sphincter et des épisodes de hoquet. Les deux surviennent au même moment, donc on en déduit que l’un cause l’autre. C’est une corrélation, pas une causalité.
Même logique pour les gargouillis. Ce sont des borborygmes, le son du péristaltisme intestinal normal. Un ventre silencieux serait bien plus préoccupant qu’un ventre bruyant.
En revanche, les bruits de gorge et les déglutitions répétées à vide méritent votre attention. Ceux-là traduisent un mécanisme actif de clairance : bébé avale pour renvoyer vers le bas ce qui est remonté. C’est le seul « bruit » de la liste qui oriente réellement.
Pourquoi les nuits sont pires alors que le reflux diminue pendant le sommeil
On vous a expliqué qu’allongé, bébé perd le bénéfice de la gravité, donc le reflux augmente la nuit. C’est logique, c’est intuitif, et les données disent le contraire.
Les travaux qui couplent pH-impédancemétrie et polysomnographie, c’est-à-dire qui mesurent le reflux et le sommeil en même temps, montrent que la fréquence des épisodes de reflux diminue nettement pendant le sommeil : de l’ordre de 4,9 épisodes par heure en éveil contre 1,4 épisode par heure en sommeil. Il y a moins de reflux la nuit, pas plus.
Le problème nocturne est ailleurs, et il est bien plus intéressant. C’est la clairance œsophagienne qui s’effondre. Pendant l’éveil, bébé avale sans arrêt et produit de la salive, ce qui renvoie très vite vers l’estomac ce qui est remonté et neutralise l’acidité. Pendant le sommeil, la fréquence de déglutition et la production salivaire chutent massivement. Résultat : le peu de reflux qui survient reste au contact de la muqueuse beaucoup plus longtemps.
Deux éléments s’y ajoutent. D’abord une hypersensibilité œsophagienne nocturne : à quantité de reflux égale, la probabilité qu’un épisode déclenche un symptôme est plus élevée la nuit. Ensuite, et c’est capital, la relation est bidirectionnelle. Le reflux peut réveiller bébé, mais l’inverse est tout aussi vrai : un éveil spontané, une agitation, des pleurs augmentent la pression intra-abdominale et déclenchent du reflux.
Cette bidirectionnalité a une conséquence pratique importante. Le fait que votre bébé se réveille et se tortille ne prouve pas que le reflux l’a réveillé. Il est parfaitement possible qu’il se soit réveillé pour une autre raison et que l’agitation ait ensuite provoqué le reflux que vous observez.
Coucher un bébé qui a un reflux : ce qui est interdit, ce qui marche
C’est la question la plus posée, et c’est celle où circulent les conseils les plus dangereux. Il faut être direct.
Et voici le fait qui devrait clore le débat : l’élévation de la tête de lit ne modifie pas l’index de reflux mesuré en pH-métrie. Le dispositif est donc à la fois dangereux et inefficace. Il n’y a aucun arbitrage bénéfice-risque à faire, il n’y a pas de bénéfice.
Ce qui est vrai, en revanche, c’est que le décubitus ventral et la position latérale gauche réduisent réellement le reflux. Ils sont pour autant formellement contre-indiqués pour le sommeil en raison du risque de mort inattendue du nourrisson. Ils ne s’utilisent qu’en éveil, sous votre surveillance directe.
Voici ce qu’on fait à la place, ce que personne ne prend la peine d’écrire.
- Couchage strictement à plat, sur le dos, sur un matelas ferme, dans un lit vide. Sans exception, y compris en cas de reflux.
- Portage vertical passif 20 à 30 minutes après le repas, contre vous, en éveil surveillé. C’est le moment où les relaxations transitoires du sphincter sont les plus nombreuses.
- Fractionner les repas : des volumes plus petits, plus souvent. Moins de distension gastrique, donc moins de relaxations déclenchées.
- Ne pas coucher immédiatement après la tétée, et éviter de mobiliser le ventre, siège ou change, dans la demi-heure qui suit.
À retenir
- Interdit : tout dispositif qui incline le couchage, quelle qu’en soit la marque ou la pente.
- Inefficace : l’élévation de la tête de lit ne change pas l’index de reflux.
- Ce qui marche : couchage à plat sur le dos, portage vertical après le repas, repas fractionnés.
Pleurs de reflux ou pleurs de décharge ?
Coliques et reflux sont deux entités distinctes qui se recouvrent tellement en pratique qu’elles sont confondues en permanence, y compris en consultation. Il existe pourtant des indices.
Les pleurs qui surviennent en fin de journée, à heure relativement fixe, chez un bébé qui grossit bien, qui va parfaitement bien le reste du temps, avec les jambes repliées sur le ventre, ressemblent beaucoup plus à des pleurs de décharge qu’à des pleurs de reflux. Le nourrisson évacue le trop-plein de stimulations de la journée, et son système nerveux n’a pas encore les moyens de le faire autrement.
Les pleurs de reflux, eux, sont plutôt liés au repas : pendant, ou dans l’heure qui suit, avec cette cambrure caractéristique et un refus alimentaire.
Il faut redire ici la chose difficile mais honnête : chez un nourrisson qui grossit normalement, le lien statistique entre la quantité de reflux mesurée et le temps de pleurs est très faible. Cela ne veut pas dire que votre bébé ne souffre pas et que vous imaginez. Cela veut dire que si vous traitez le reflux et que les pleurs ne bougent pas, ce n’était probablement pas la bonne piste, et qu’il faut en chercher une autre au lieu d’augmenter la dose.
APLV : le diagnostic qu’on confond le plus souvent avec le reflux
C’est le point aveugle numéro un du sujet. Une part importante des reflux dits « résistants au traitement » sont en réalité des allergies aux protéines de lait de vache non IgE médiées.
Non IgE médiée signifie que les tests d’allergie classiques, prick-tests et dosages sanguins, sont normaux. Ils ne détectent pas ce mécanisme. Beaucoup de parents en concluent que l’allergie est écartée, alors qu’elle n’a simplement pas été cherchée avec le bon outil.
Les deux tableaux se superposent presque parfaitement : pleurs, cambrure, refus alimentaire, régurgitations, mauvais sommeil. Certains éléments orientent toutefois davantage vers l’APLV :
- eczéma ou lésions cutanées persistantes
- traces de sang ou de glaires dans les selles
- diarrhée chronique, ou à l’inverse constipation marquée
- antécédents familiaux d’atopie : asthme, eczéma, rhinite allergique
- reflux qui ne bouge pas malgré une prise en charge bien conduite
Le seul test qui tranche est un essai d’éviction de deux à quatre semaines, éviction des protéines de lait de vache chez la mère si l’allaitement est en cours, hydrolysat poussé en cas de formule, suivi d’une réintroduction pour confirmer. Cet essai se conduit avec votre pédiatre. Changer de lait tous les quinze jours en pharmacie ne prouve rien, parce que le reflux du nourrisson s’améliore de toute façon avec le temps.
Épaississants, alginates, IPP : ce qui est prouvé et ce qui ne l’est pas
Il y a un écart considérable entre ce qui est prescrit en pratique et ce que la preuve soutient. Voici l’état des lieux, sans détour.
| Intervention | Effet réellement démontré | Limite |
|---|---|---|
| Épaississants et laits AR | Environ 2 régurgitations visibles en moins par jour, meilleur gain pondéral | Effet marginal sur l’index de reflux acide. Réduit ce qui se voit, pas nécessairement ce qui fait mal |
| Repas fractionnés, pauses, rots | Rationnel physiologique solide, sans risque | Peu d’essais contrôlés. Recommandé en première intention |
| Alginates de type Gaviscon | Preuve insuffisante selon les recommandations NASPGHAN et ESPGHAN 2018 | Cas de bézoards signalés, charge en sodium et en calcium à ne pas négliger |
| Inhibiteurs de la pompe à protons | Aucune supériorité sur le placebo pour les pleurs, l’irritabilité et les régurgitations | Risques documentés : infections respiratoires, gastro-entérites, dysbiose. Justifiés uniquement en cas d’œsophagite prouvée |
| Prokinétiques, dompéridone, métoclopramide | Aucun bénéfice retenu | Proscrits chez le nourrisson : effets extrapyramidaux, allongement du QT |
Le résultat sur les IPP surprend toujours, alors il faut expliquer pourquoi ils échouent. Ce n’est pas un problème de dose ni de durée, c’est mécanique. Le lait est de pH neutre, et le nourrisson mange presque en continu : son contenu gastrique est tamponné une grande partie de la journée. L’essentiel du reflux symptomatique du nourrisson est donc peu acide, voire non acide. Un médicament dont le seul mode d’action est de réduire l’acidité n’a tout simplement rien à réduire.
À retenir
- Les mesures posturales et alimentaires viennent toujours en premier, et elles sont sans risque.
- Les épaississants réduisent surtout ce qui se voit, ce qui soulage le linge plus que l’œsophage.
- Les IPP ne se justifient qu’avec une œsophagite prouvée, jamais pour des pleurs seuls.
- Si un traitement ne change rien après un essai correct, la question à poser n’est pas « faut-il augmenter » mais « est-ce le bon diagnostic ».
Ostéopathie, frein de langue, probiotiques : où en est la preuve
Ces trois pistes sont proposées en boucle aux parents de bébés qui pleurent. Elles ne se valent pas du tout.
Ostéopathie, chiropraxie, thérapie craniosacrale. Les essais randomisés en double aveugle contre manipulation simulée ne montrent pas de supériorité sur le reflux ni sur les pleurs. Les améliorations réellement rapportées par les parents s’expliquent le plus souvent par trois facteurs : le temps d’écoute très long de la consultation, l’effet placebo par procuration sur le parent qui se sent soutenu et manipule son bébé plus sereinement, et la régression vers la moyenne, puisqu’on consulte au pic des symptômes et que le pic redescend de lui-même. Avoir essayé n’était pas une erreur. Simplement, ce n’est pas ce qui a agi.
Frein de langue. La Société Française de Pédiatrie a publié en 2022 une mise en garde sur l’augmentation rapide des frénotomies. Aucun lien causal n’est établi entre un frein restrictif et le reflux. La frénotomie garde des indications réelles, mais elles concernent des difficultés de succion objectivées, pas des pleurs.
Probiotiques, et particulièrement Lactobacillus reuteri DSM 17938. C’est le seul du lot avec un niveau de preuve correct. Plusieurs essais contrôlés convergent : réduction du temps de pleurs quotidien et accélération de la vidange gastrique, avec un effet le plus net chez les nourrissons exclusivement allaités. Ce n’est pas un traitement du reflux, mais c’est la piste la mieux étayée pour les pleurs.
Signes d’alerte : quand ce n’est plus un reflux
Tout ce qui précède part du principe que votre bébé va globalement bien. Ces situations sortent du cadre et doivent court-circuiter n’importe quel article, y compris celui-ci.
Consultation le jour même :
- sang dans les vomissements, ou vomissements couleur marc de café
- vomissements en jet, projetés à distance, chez un nourrisson de 3 à 6 semaines, particulièrement un garçon : cela évoque une sténose du pylore
- signes neurologiques : léthargie inhabituelle, fontanelle bombée, convulsions, périmètre crânien qui s’écarte de sa courbe
- signes généraux : fièvre, ventre ballonné et tendu, prostration, refus alimentaire total, diarrhée sévère, urines rares
Consultation à programmer, le diagnostic est à réévaluer :
- cassure de la courbe de poids, ou stagnation
- symptômes qui débutent après 6 mois, ce qui n’est pas le profil habituel du reflux du nourrisson
- symptômes qui persistent ou s’aggravent après 12 à 18 mois
- difficultés respiratoires ou ORL répétées
Ce que l’environnement de la chambre peut, et ne peut pas, changer
Autant le dire franchement, puisque nous vendons des veilleuses : aucune veilleuse et aucun bruit blanc n’agit sur le reflux. Ce ne sont pas des traitements, ils ne modifient ni le sphincter, ni l’acidité, ni la clairance œsophagienne. Toute personne qui vous dit le contraire vous vend quelque chose.
Ce qu’ils font réellement est plus modeste, et concerne la gestion des réveils, quelle qu’en soit la cause. Une lumière chaude et de très faible intensité vous permet d’intervenir la nuit, de vérifier une position ou de donner un repas, sans provoquer d’éveil complet chez votre bébé ni chez vous. Quand les réveils sont nombreux, ce détail change concrètement la nuit. Le bruit blanc, lui, masque les bruits extérieurs et relève le seuil de réveil.
Ni l’un ni l’autre ne remplace le protocole de couchage décrit plus haut, qui reste le seul geste dont l’effet sur la sécurité est démontré.
Pour les réveils nocturnes, pas pour le reflux
Nos modèles à lumière rouge servent à gérer une nuit hachée sans réveiller complètement bébé. Ils n’ont aucune action sur le reflux, et nous préférons vous le dire clairement.
Voir les veilleuses lumière rougeFAQ sur le RGO interne du nourrisson
Comment savoir si mon bébé a un RGO interne ?
Aucun signe isolé ne suffit. Le seul très spécifique est le syndrome de Sandifer, une hyperextension du dos avec torsion du cou survenant pendant ou après le repas. Les autres signes, mâchonnement, refus du biberon, tétées courtes, orientent au mieux. Les pleurs, les réveils et le hoquet ne prouvent rien. Le diagnostic reste clinique et il est posé par un médecin, sur un faisceau d’arguments et sur l’évolution de la courbe de poids.
Le RGO interne empêche-t-il vraiment bébé de dormir ?
Pas de la façon dont on le croit. Le reflux est en réalité moins fréquent pendant le sommeil, de l’ordre de 1,4 épisode par heure contre 4,9 en éveil. Ce qui change la nuit, c’est que la clairance de l’œsophage s’effondre, parce que bébé avale beaucoup moins et produit moins de salive. Le peu de reflux qui survient reste donc en contact plus longtemps. Par ailleurs la relation est bidirectionnelle : un réveil et l’agitation qui l’accompagne augmentent la pression abdominale et déclenchent du reflux. Un bébé qui se réveille en se tortillant ne prouve donc pas que le reflux l’a réveillé.
Faut-il incliner le matelas ou le lit d’un bébé qui a un reflux ?
Non, jamais. Les plans inclinés de sommeil, cales-bébé et matelas proclives ont fait l’objet de rappels massifs et sont interdits à la vente aux États-Unis depuis le Safe Sleep for Babies Act de 2022, après des décès par asphyxie positionnelle. De plus, l’élévation de la tête de lit ne modifie pas l’index de reflux mesuré en pH-métrie : le dispositif est à la fois dangereux et inefficace. Le couchage doit rester strictement à plat, sur le dos, dans un lit vide. Ce qui aide réellement : un portage vertical de 20 à 30 minutes après le repas, en éveil surveillé, et des repas fractionnés.
Le hoquet fréquent est-il un signe de reflux chez le nourrisson ?
Non. Le hoquet est un spasme réflexe du diaphragme transmis par le nerf phrénique. Il est physiologique, présent dès la vie fœtale, et très fréquent chez le nouveau-né. Il ne caractérise ni un reflux ni une douleur. L’association vient d’un facteur commun : la distension de l’estomac après le repas déclenche à la fois du hoquet et des relaxations du sphincter. C’est une corrélation, pas une causalité.
À quel âge le clapet de l’estomac de bébé se referme-t-il ?
Il n’y a pas de clapet qui se referme. Le reflux du nourrisson n’est pas dû à un sphincter mou en permanence, mais à des relaxations transitoires du sphincter inférieur de l’œsophage, des relâchements réflexes déclenchés par le remplissage de l’estomac. Ces relaxations s’espacent progressivement avec la diversification, la verticalisation et la croissance. Plus de 95 % des reflux du nourrisson se résolvent spontanément entre 12 et 18 mois.
Le Gaviscon et les IPP sont-ils efficaces chez le nourrisson ?
Les recommandations NASPGHAN et ESPGHAN 2018 considèrent la preuve comme insuffisante pour les alginates de type Gaviscon, avec des cas de bézoards signalés. Pour les inhibiteurs de la pompe à protons, les revues systématiques ne retrouvent aucune supériorité sur le placebo concernant les pleurs, l’irritabilité et les régurgitations. La raison est mécanique : le lait est de pH neutre et l’estomac du nourrisson est tamponné une grande partie de la journée, donc l’essentiel de son reflux est peu ou pas acide. Les IPP ne se justifient qu’en cas d’œsophagite prouvée.
Reflux ou allergie aux protéines de lait de vache, comment savoir ?
Les deux tableaux se superposent presque parfaitement, et une part importante des reflux résistants au traitement sont en réalité des APLV non IgE médiées, que les tests d’allergie classiques ne détectent pas. Certains éléments orientent vers l’allergie : eczéma, sang ou glaires dans les selles, diarrhée chronique, antécédents familiaux d’atopie. Le seul test qui tranche est un essai d’éviction de deux à quatre semaines suivi d’une réintroduction, conduit avec le pédiatre. Changer de lait tous les quinze jours sans protocole ne prouve rien.
Quand faut-il consulter en urgence pour un reflux ?
Appelez le 15 devant des vomissements bilieux, c’est-à-dire verts, qui évoquent une occlusion. Consultez le jour même en cas de sang dans les vomissements, de vomissements en jet chez un nourrisson de 3 à 6 semaines, de signes neurologiques comme une léthargie ou une fontanelle bombée, ou de signes généraux comme une fièvre et un ventre ballonné. Programmez une consultation en cas de cassure de la courbe de poids, de symptômes débutant après 6 mois ou persistant au-delà de 18 mois.
Combien de temps dure un RGO chez le nourrisson ?
Environ la moitié des nourrissons régurgitent au cours des trois premiers mois. Le pic se situe autour de quatre mois, avec près de deux tiers des bébés concernés. Plus de 95 % des cas se résolvent spontanément entre 12 et 18 mois, sans aucun traitement, à mesure que l’alimentation s’épaissit, que la position verticale se prolonge et que les relaxations transitoires du sphincter s’espacent.
Si vous ne deviez retenir que trois choses : le couchage reste à plat sur le dos, quoi qu’on vous dise sur le reflux. Les signes les plus impressionnants sont ceux qui prouvent le moins. Et si un traitement bien conduit ne change rien, la bonne question n’est pas d’augmenter la dose, c’est de rediscuter le diagnostic avec votre pédiatre, en évoquant l’allergie aux protéines de lait de vache.